« L’Autre qu’on adorait », la lecture new-yorkaise de Noël

Livre

Publié le 21 décembre 2016 par Anne Brouilhet

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Vous avez dévoré votre dernier bouquin et là, vous ne savez lequel choisir pour les vacances de Noël. Pourquoi ne pas sélectionner un nouveau livre dont l’action se déroule en partie dans la Grosse Pomme ? Dans cette auto-fiction d’une mort révélée, la romancière française Catherine Cusset replonge dans son passée de brillante normalienne expatriée aux États-Unis. Sans concession, elle fait revivre Thomas Bulot dit la « Bulle », son ancien flirt éphémère et ami « solaire ». Anne Brouilhet, libraire, vous raconte cette bouleversante chronique au succès annoncé.

Loose à New York

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Dans son douzième livre, Catherine Cusset fait le récit biographique tragique de la brève existence de son meilleur ami, Thomas. Joyeux, brillant, séduisant, doué d’une vitalité extraordinaire, et doté d’un rire irrésistible, tel un astre, il illumine l’existence de sa famille et de ses amis. Leur rencontre, marquée dans les années 80 par une courte amitié érotique, devient alors indéfectible.

Catherine, la narratrice de ce roman, se demande pourquoi Thomas Bulot ne parvient pas à construire sa vie alors que personne ne résiste à son humour et à son charme dévastateur. Excessif en tout surtout en amour, il lasse aussi les femmes qu’il aime.

Son « bel-ami » aurait pu faire l’École normale supérieure, être prof dans l’une des plus prestigieuses universités américaines et trouver le grand amour… Cette étrange vie en a décidé autrement ! Un premier échec inexplicable à Normale sup’ – alors qu’il était l’étudiant le plus brillant de sa promotion à Khâgne – ainsi que la répétition de ses déboires amoureux, vont définitivement fragiliser cet homme à fleur de peau.

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Ses rêves envolés, la Bulle entre à Sciences-Po et finit par rêver sa vie à New York. Admis dans la fameuse université de Columbia, il entame une carrière universitaire comme professeur de français où il fascine ses étudiants, puis intègre le cercle influent de la Haute société new-yorkaise.

Habité par les œuvres de Proust comme  À la recherche du temps perdu, il obtient avec succès son doctorat portant sur l’écrivain.  Trop passionné… par la littérature, le cinéma, la musique, il se disperse et n’arrive pas à mener à bien tous les projets qui fourmillent dans sa tête. Impétueux, inconstant, survolté… Il gâche très vite ses chances pour sombrer dans le sexe, la drogue et l’alcool. À 39 ans, bipolaire, Thomas finit par se noyer dans la dépression. Ce diagnostic (trop tardif) explique sans doute les excès de cet amoureux de la vie, qui a connu l’enfer !

« Échouer, il n’y a pas de verbe dont la multiplicité de sens soit plus appropriée à ton cas :
1) ne pas réussir ;
2) toucher le fond par accident et couler ;
3) s’arrêter dans un endroit par hasard et sans l’avoir voulu. »

L’Autre qu’on adorait – Catherine Cusset

 

Pourquoi lire ce roman ?

Il est extrêmement bien écrit et se lit avec beaucoup de facilité. Alors qu’il traite d’un drame : la descente aux enfers d’un charmant et brillant universitaire diagnostiqué trop tardivement maniaco-dépressif, ce livre dépeint parfaitement les sentiments extrêmes du héros ainsi que son talent intellectuel et son enthousiasme.

Jubilatoire… Catherine Cusset ou plutôt Thomas nous donne envie de nous (re-)plonger dans l’univers de ses auteurs ou de ses chanteurs favoris : Proust, Nina Simone… Ce héros malgré lui est profondément émouvant et attachant car très humain, plein de fêlures. Le style de l’auteure est vif, la phrase courte. Les mots sonnent justes, percutent et bouleversent. L’emploi de la deuxième personne tout au long des 290 pages est une prouesse et rend plus intense, plus complice leur amitié. Pourtant, ce choix qui ne va pas de soi n’autorise pas le recul ou la fuite, mais accorde la possibilité d’une empathie unique et inimitable.

new york vue de central park pour illustrer l'autre qu'on adorait de catherine cusset

Au travers du prisme d’une narratrice qui se nomme, elle aussi, Catherine, l’auteure dans un jeu de Moi − ce n’est pas moi, c’est l’autre − nous fait partager les trajets chaotiques qu’a empruntés dans un passé récent, une amitié profonde et bouleversante. Cet ami dont il est question, a lui toujours trouvé à New York  à chaque fois qu’il y revenait (et quel sublime portrait, singulier et personnel, de la mégapole on découvre sous la plume de la romancière), un nouvel élan, une énergie vitale et créatrice, indispensable pour repartir dans la vie. Leurs chemins n’ont cessé de se croiser, ils se sont perdus pour mieux se retrouver. Catherine remonte avec ténacité une pente ardue. Elle tente de mettre à jour les tenants des soubresauts qui ont chahuté sans répit celui qu’elle adorait, qu’elle ne peut oublier, Thomas.

Dans l’un de ses plus beaux livres, Catherine Cusset refuse avec subtilité la culpabilité. Elle soulage le lecteur du poids du mélodrame. Il est question ici de comprendre ce qui s’est joué pour mieux peser l’absence, évaluer la perte et rendre hommage ! Quelle plus belle preuve d’amitié de la part de la romancière que ce magnifique roman comme une lettre ouverte, tout en faisant aimer à ses lecteurs l’être solaire qu’était Thomas Bulot. Une entreprise audacieuse et courageuse qui a emporté pleinement mon adhésion et qui j’espère retiendra à votre tour, toute votre attention et votre intérêt.

Pour vous le procurer c’est aux éditions Gallimard à la librairie-gallimard.com


Rappel : qui est Catherine Cusset

Ancienne élève de l’École normale supérieure et agrégée de lettres classiques, prof d’université à Yale pendant plus de dix ans et aujourd’hui auteure à Manhattan, Catherine Cusset a eu l’occasion de faire le plein d’histoires qu’elle livre à travers son œuvre  : La haine de la famille, Jouir, Confessions d’une radine… – les plus connus – sont révélateurs de son ton direct et de son absence de tabous teintée d’autodérision.


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