« Et les regrets aussi », de Seth Greenland : promenade amoureuse décalée dans New York !

Livre

Publié le 04 mai 2016 par Anne Brouilhet

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Toutes les routes mènent à Rome, même celles qui partent de New York… Ce livre propose un aller-retour amoureux, tendre et drôle qui se frotte au bitume new-yorkais pour se sentir vrai et poète ! Il s’agit du dernier et quatrième roman de Seth Greenland traduit en français chez l’éditeur Liana Levi et notre chroniqueuse libraire Anne Brouilhet vous le fait découvrir.

Qui est Seth Greenland ?

Seth Greenland vit à Los Angeles, où il exerce le métier de romancier, de dramaturge et de scénariste. Cette dernière pratique se ressent fortement dans la matière de construire ses œuvres, de tisser des fils narratifs selon une tension maîtrisée, une grande vivacité , un humour omniprésent et élégant; de construire une trame dense riche en émotions et en événements signifiants.

De quoi parle le roman ?

Le roman met en scène deux êtres vivants, doués d’une belle sensibilité, profondément ancrée, humaine et poétique. Dotés d’une étonnante force de conviction, parfois déroutante et tyrannique, ils fréquentent volontiers des voies de traverse et adoptent, de temps à autres, des styles de vie hors normes : tous deux, chacun selon sa personnalité,  souhaitent accéder à une certaine perfection en recherchant le pentamètre iambique* parfait. (* Le pentamètre iambique est un type de vers utilisé notamment dans les poésies grecques, anglaises et allemandes. Sous sa forme la plus pure, il se compose de cinq iambes.  En poésie, l’iambe, ou ïambe, est un pied composé d’une syllabe brève suivie d’une longue.) Ils puisent leur goût de vivre dans une lutte acharnée contre le désamour, la puissance de destruction. Ils jonglent de manière singulière avec la réalité et le pragmatisme calviniste. En glissant sur les mots et sur le rire, en usant d’une désopilante absurdité, ils contrecarrent, enjambent la méchanceté de ceux qui refusent de voir en face leur propre folie.

Et-les-regrets-aussi livre sur New York

Tout d’abord, Jeremy, 33 ans, avocat, travaille au centre de Manhattan dans un cabinet spécialisé dans le fiduciaire et les successions. Poète pendant son temps libre, Il habite Brooklyn et s’échappe dès qu’il le peut dans Prospect Park avec carnets et crayons en quête d’inspiration. Il rêve d’être publié et de devenir écrivain.

Puis, Spaulding, 19 ans, désaxée, fragile et malicieuse, bien mal guidée par des parents instables et égocentriques, tente de panser ses blessures. Spaulding est la fille du patron de Jeremy.

Spaulding tente d’esquiver les pièges tendus par son père et de fuir l’alcoolisme de sa mère.  L’un comme l’autre, débordés par la lucidité, les franchises crues, les sarcasmes, les engouements contradictoires de leur fille, se sont persuadés qu’elle était psychiquement malade. Ils tentent de la faire repartir dans la clinique psychiatrique dans laquelle elle vient de faire un séjour traumatisant.
Spaulding s’est inscrite à un atelier d’écriture à Barnard. C’est pour elle une chance de s’ancrer dans le réel, d’être obligée d’aller au bout de ses aspirations, de produire un travail. Quand elle rencontre Jeremy, qu’elle surnomme Mr Best, elle s’apaise influencée par l’irrésistible charme de son talent qu’elle a aussitôt et intuitivement reconnu. Très vite, elle le poursuit et le pousse à intervenir à Barnard, pour témoigner de sa pratique de l’écriture poétique. Lui, fasciné par sa franchise explosive et tonifiante, accepte non sans avoir hésité…

Il tombe amoureux et assiste à l’effritement de sa volonté et à l’effondrement de sa détermination : se priver du réconfort et du plaisir que lui procure la présence de Spaulding était devenu absurde.

Et New York dans tout ça ?

Jeremy et Spaulding, seuls ou en amoureux déambulent dans les rues de New York, se cognent aux bruits, à la foule, à la cohue. Les pieds lourds ou légers dans le sol, ils s’accrochent. Ils revivifient dans cette confrontation avec la ville, leur volonté de détruire les obstacles et de survivre à leurs fantômes. Selon un chassé-croisé, une alternance de points de vue, faussement désinvolte et brillante, s’élabore un dialogue amoureux décalé et amusant, commence une histoire d’amour et de partage intense et forte. Elle mènera le lecteur en passant par Rome, jusqu’à la pointe de Long Island. Un lieu magnétiqueles New-Yorkais aiment s’enfuir pour retrouver leurs liens et leurs racines dans la nature et satisfaire leurs ambitions de liberté. Cela est sans compter la mauvaise surprise qui, malgré un désir de vivre qui ne se laisse pas intimider, prend le dessus.

« Sois téméraire, Sois téméraire », voilà l’injonction magique qui doit sauver celui qui est sur le point de se noyer… Malheureusement, «  la stratégie du pentamètre iambique ne fonctionnait pas toujours à la perfection »…

Pourquoi lire « Et les regrets aussi » ?

– Pour son charme fou et son humour piquant, tendre et délicat à la fois, dans un dosage subtil incomparable : des tournures de phrases incisives et mordantes qui restituent avec authenticité le paradoxe humain le plus séduisant, cette étrange alchimie entre force et fragilité qui font de Jeremy et Spaulding des êtres incarnés que l’on a envie de rencontrer.
– Pour satisfaire l’envie de lire une histoire d’amour sans culpabiliser et  craindre de tomber dans la mièvrerie, le pathos ou un mélodrame de mauvais goût.
– Pour découvrir le nom d’un poète qui a beaucoup écrit sur New York : Frank O’Hara. Jeremy en conseille vivement la lecture : «  Personne ne sait rendre New York aussi bien de lui. »
– Parce que sous le bitume de New York, on peut y dénicher le rire ; sous la poésie de Jérémie et de Spaulding, la mélancolie et sous le texte de Seth Greenland, un plaisir de lecture chaleureux et émouvant qui donne envie de tomber amoureux même quand les larmes affleurent au coin des yeux.
– Et, enfin pour goûter le style ferme et impertinent de Seth Greenland qui permet d’affronter la vérité la plus désobligeante et désespérante avec courage et raison, espoir et enchantement. Il plaisante tout en gardant un sérieux, il offre ainsi à son ironie quelque chose  d’insaisissable, de concerté et d’approfondi.

Où se procurer le livre ? ici

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