Les étranges secrets de la Statue de la Liberté de Paris

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Publié le 27 janvier 2017 par alexandre broutart

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Bien avant le chef d’œuvre de Bartholdi et Eiffel qui trône au sud de Manhattan sur Liberty Island, bien avant même le projet de marteler d’immenses plaques de cuivre et de les fixer bout à bout, il y eut cette simple statue de plâtre, la « mère » de la statue, l’œuvre originelle du sculpteur français Auguste Bartholdi. Voici l’histoire de cette pièce unique, qui a fini par quitter l’atelier de l’artiste qui la conservait jalousement. Vous aussi, allez à la rencontre de ses secrets en vous faufilant dans ses coulisses. 

Le CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris) au cœur du 3ème arrondissement de Paris. C’est là que vous pourrez contempler désormais les traits de la belle, qui peut se vanter d’avoir prêter son allure à la statue la plus célèbre du monde et la plus haute jamais élevée. Mais que fait-elle donc dans ce Musée ?

la statue de la liberté au cnam à paris

le cnam vu de nuit à paris

68 essais…

Quand on confie le projet de l’œuvre à Bartholdi en 1871, celui-là se met à l’ouvrage. Il fait des dessins et des gravures, soixante-huit au total, et il ne sait pas qu’il est en train de donner les premières formes de ce qu’il nommera plus tard « l’œuvre de sa vie ».

voir la statue de bartholdi au cnam à paris

C’est en 1875, quatre ans plus tard, qu’il achève le premier modèle de sa nouvelle Muse, et contemple enfin les 2,88 mètres de la silhouette en plâtre, avant qu’elle ne serve de base aux agrandissements successifs qui seront réalisés dans les ateliers Gaget, Gauthier et Cie. Ce modèle est celui qui se trouve aujourd’hui dans la Chapelle du Cnam ! Avec le pendule de Foucaut, c’est un peu la star des lieux, trônant fièrement tout en haut d’un chemin lumineux construit en plein dans l’Eglise du CNAM.

Un socle plein de secrets

Éperdu de sa nouvelle œuvre, comme Pygmalion, il décide de lui créer un socle en bois richement orné, et, comble du spectacle, d’y inclure une toute petite chambre secrète, comme pour rentrer à l’intérieur de l’œuvre. Nous ne traiterons pas ici de la dimension psychanalytique d’un tel geste.

le socle de la statue de la liberté de bartholdi à paris

Mieux encore : dans la mini chambre secrète du socle, il entrepose ce qu’il nomme un « diorama« , c’est-à-dire une vitre derrière laquelle sont disposés plusieurs montages successifs de peintures et d’objets pour donner une impression de relief, tout cela dans le but de donner à voir ce à quoi devait ressembler l’œuvre finale une fois installée à New York.

Voici l’entrée de la pièce secrète, à l’intérieur du socle :

socle statue de la liberté

C’est complètement fascinant, n’est-ce pas ? Encore aujourd’hui, ce diorama est visible aux pieds de la statue, dans le socle, et en vous y installant, vous pourrez méditer sur la vision qu’avait Bartholdi de son œuvre supposée résider au beau milieu de la baie de New York. Et cela bien avant qu’il ne puisse voir de lui-même le résultat final, en bateau devant Liberty Island. D’ailleurs, les dimensions et le décor ne sont pas tout à fait les mêmes que dans la réalité, et on peut assez aisément voir à quel point il souhaitait que son œuvre surplombe la ville.

Comment la statue de la liberté a-t-elle atterri ici ?

Avant d’arriver ici, dans le décor somptueux et étrange de la chapelle du CNAM, la Statue de la Liberté doit son sort à une lettre que le conservateur du Musée de 1905 a d’abord dû ouvrir. Il la décachette. Elle porte les initiales du sculpteur arrangées en forme de feuille de trèfle, forme de la veuve de Bartholdi. Nous sommes un an après la mort de son époux.

Cette lettre, nous sommes allés en trouver le contenu dans les salles obscures du Musée, celles des réserves, à destination des chercheurs et des historiens. On y trouve de véritables trésors, que l’on ne sort que parfois pour des expositions temporaires, comme la pièce monumentale qui a servi de modèle à l’un des doigt de la Statue de la liberté (grandeur nature, regardez dans la vidéo), l’index qui est un peu relevé pour tenir le flambeau !

Petite incursion sur les lieux invisibles au public, par notre reporter :

Revenons maintenant en 1905, à la lettre de la veuve de Batholdi, que voilà :

Paris 14 juin 1905
rue d’Assas 82

Mon colonel,

J’ai l’honneur de vous informer de la part de madame Bartholdi, que le regretté maître avait eu la pensée d’offrir au Conservatoire des Arts et Métiers, le premier modèle de la Statue de la « Liberté », sur un piédestal en bois, orné d’ornements en bronze, dans lequel se trouve le panorama de la Ville de New-York avec la vue sur la statue dans la rade. […]

Le diorama devra être disposé de manière à être éclairé par la lumière du jour.

Je vous prie, mon colonel, d’agréer l’assurance de ma considération très distinguée.

A.B

Oui, comme le notent les chercheurs, autant de précision dans la mise en scène demandée par la veuve dénote d’un attachement total à cette pièce, et prouve s’il en était besoin, qu’elle avait tout entier pour elle l’admiration sans borne de son créateur.

signature bartholdi statue de la liberté

Autre étrangeté notable, les documents de recherche révèlent une chose peu croyable : ni dans les archives et legs de Bartholdi lui-même, ni dans celles du cabinet Gatet et Gauthier, ni même dans celles de Gustave Eiffel, vous ne trouverez les documents techniques relatifs à la conception de l’œuvre ! Comme s’ils avaient voulu cacher à jamais les secrets de leur exploit.

Après tout c’est à peu près normal qu’il nous reste à nous Français, un témoignage de cette étonnante aventure architecturale : il s’agit tout de même d’un cadeau de la France aux Etats-Unis, en signe d’amitié entre les deux nations et en célébration du centenaire de la Déclaration d’Indépendance américaine. C’est cet objectif qui a guidé de bout en bout le cœur et la passion de Bartholdi, qui n’a pas voulu, remarquez-le, que l’on retienne son nom par celui du monument, mais bien plutôt celui de la Liberté des nations.

► Vous aussi allez rencontrer la Statue de la liberté de Paris

292 rue Saint-Martin, 3e, Métro Arts et Métiers Tel : 01 40 27 20 00 cnam.fr

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